Lookaa News
Infos, analyses, opinions
REPORTAGE • NORD-KIVU

Rubaya : la cité minière stratégique au cœur des combats entre FARDC et M23

Partager :
Mine de coltan à Rubaya, Nord-Kivu
Vue des collines de Rubaya, territoire de Masisi, où s'étendent les mines de coltan, épicentre du conflit.

ÉpICENTRE DU CONFLIT : Rubaya, cité minière du territoire de Masisi au Nord-Kivu, concentre à elle seule entre 15 et 30 % des réserves mondiales de coltan. Depuis avril 2024 sous occupation du M23, elle est aujourd'hui l'objectif d'une offensive majeure des FARDC appuyées par les Wazalendo.

Un trésor géologique convoité

La mine de Rubaya n'est pas un site minier comme les autres. Elle produirait à elle seule entre 15 et 30 % de l'approvisionnement mondial en coltan, ce minerai essentiel à la fabrication de nos équipements électroniques – téléphones portables, ordinateurs, tablettes, mais aussi composants aérospatiaux et turbines à gaz.

Le coltan permet d'obtenir le tantale, un métal réfractaire extrêmement résistant à la chaleur, dont le prix peut dépasser les 300 dollars le kilogramme sur les marchés internationaux. Dans les collines de Rubaya, ce sont pourtant des milliers de mineurs artisanaux qui extraient cette richesse à la main, dans des conditions précaires, pour quelques dollars par jour.

L'exploitation industrielle du site nécessiterait des investissements estimés entre 50 et 150 millions de dollars, mais le potentiel est tel que le retour sur investissement pourrait être rapide, compte tenu de la demande mondiale croissante en métaux stratégiques.

Une zone sous occupation rebelle depuis 2024

Depuis avril 2024, la cité minière de Rubaya est sous le contrôle du M23 (Mouvement du 23 mars), le groupe rebelle que les Nations unies accusent d'être soutenu par le Rwanda voisin. Les rebelles, bien armés et organisés, ont fait de cette zone leur principal bastion économique.

Selon des experts de l'ONU, le M23 a mis en place à Rubaya une véritable administration parallèle, comparable à celle d'un État. Un "ministère" chargé de l'exploitation des minéraux a été créé, délivrant des permis aux creuseurs et aux opérateurs économiques, et imposant une taxe de 15 % sur la valeur du coltan acheté aux mineurs artisanaux.

Cette taxation rapporterait au groupe armé au moins 800 000 dollars par mois, selon les estimations des Nations unies. Cet argent sert à financer l'insurrection et l'achat d'équipements, perpétuant ainsi un cycle de violence qui dure depuis plus de trente ans dans la région.

La vie sous occupation

Sur place, la réalité est contrastée. Des milliers de mineurs descendent chaque jour avant l'aube dans des tunnels pouvant atteindre 15 mètres de profondeur. Des porteurs, y compris des enfants, remontent des sacs de minerai vers la surface où d'autres travailleurs, souvent des femmes et des jeunes filles, lavent le précieux sable noir pour le séparer des impuretés.

Interrogé par Reuters en août 2025, un mineur de 32 ans, Pascal Mugisha Nsabimana, confiait une étonnante préférence pour l'occupation rebelle : "Avant, il y avait trop de harcèlement, beaucoup de taxes différentes, et souvent nous, les creuseurs, n'étions pas payés. Aujourd'hui, avec le M23, notre salaire journalier a au moins triplé".

Pourtant, la réalité est plus complexe. Le système mis en place par les rebelles a considérablement optimisé la contrebande. Autrefois, le coltan était transporté à moto par des chemins détournés vers le Rwanda, un périple d'une journée entière. Désormais, depuis que le M23 contrôle les grandes villes comme Goma, les camions chargés de minerai traversent librement la frontière sur des routes asphaltées, mêlant le coltan congolais à la production rwandaise pour masquer son origine.

Une offensive des FARDC et des Wazalendo pour reprendre la zone

Mais la situation est en train de basculer. Depuis le 20 février 2026, une offensive d'envergure est menée par les Forces armées de la RDC (FARDC) appuyées par les miliciens Wazalendo, ces patriotes qui ont choisi de défendre leur terre aux côtés de l'armée régulière.

L'opération vise à reconquérir les mines de Rubaya, perdues depuis près de deux ans. Les combattants Wazalendo, partis des localités de Kasenyi, Chugi et Kinigi, progressent vers les villages de Runigi, Kabara, Kiruli et Kanyalu, désormais situés à seulement 10 kilomètres du site minier.

L'avancée des troupes progouvernementales est soutenue par des frappes de drones des FARDC qui bombardent les positions rebelles. Il s'agirait presque certainement de drones de fabrication chinoise, utilisés dans le cadre d'une opération militaire aux implications géopolitiques complexes.

Dans la nuit du 23 au 24 février, cette offensive a été marquée par un succès majeur : Willy Ngoma, le porte-parole militaire du M23, a été tué dans une frappe de drone près de Rubaya. Une figure clé de la communication rebelle, sous sanctions de l'Union européenne depuis décembre 2022, qui a été neutralisée à bord d'un véhicule alors qu'il se trouvait dans la zone.

Une tragédie humanitaire

L'offensive a provoqué un mouvement massif de populations. Depuis le 23 février, des centaines de familles fuient précipitamment leurs habitations, craignant d'être prises entre deux feux.

Certaines se dirigent vers Ngungu, Bihambwe et Mushaki, d'autres vers Goma, la capitale provinciale, ou traversent même la frontière vers la province voisine du Sud-Kivu. La plupart partent sans avoir pu emporter le strict nécessaire, et les humanitaires s'inquiètent des conditions de vie de ces déplacés dans une région déjà éprouvée par des décennies de conflit.

"Dans le centre de Rubaya, les gens sont terrifiés. J'ai essayé d'aller voir l'endroit où la frappe de drone a eu lieu, mais l'accès était interdit."
— Un résident de Rubaya à l'AFP

Un enjeu géopolitique international

La bataille pour Rubaya dépasse largement le cadre local. La mine figure en bonne place sur une liste de sites stratégiques que le gouvernement congolais a soumise aux États-Unis dans le cadre d'un accord-cadre sur les minerais signé en décembre 2025.

Selon des documents consultés par Reuters, l'administration Trump s'est vu offrir un accès privilégié à plusieurs ressources congolaises en échange d'un soutien militaire aux FARDC. L'objectif américain est clair : réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement contrôlées par la Chine, qui domine actuellement l'exploitation minière en RDC.

Une administration parallèle à démanteler

Pour reprendre durablement le contrôle de Rubaya, les FARDC et leurs alliés Wazalendo devront non seulement vaincre militairement les rebelles, mais aussi démanteler la structure administrative mise en place par le M23. Depuis sa capture, le groupe a établi un système de taxation efficace, prélevant des droits sur chaque sac de minerai et contrôlant toute la chaîne d'exportation.

Les experts de l'ONU estiment que c'est ce système qui a permis aux rebelles de collecter plusieurs centaines de milliers de dollars par mois. Une manne financière considérable qui, couplée aux trafics transfrontaliers vers le Rwanda, a fait de Rubaya bien plus qu'une simple position stratégique : le cœur économique de la rébellion.

Ce qu'il faut retenir : Rubaya, dans le territoire de Masisi, est la principale source de financement du M23 grâce à ses mines de coltan. L'offensive actuelle des FARDC et des Wazalendo, marquée par la mort du porte-parole rebelle Willy Ngoma, vise à reprendre ce bastion économique. Les enjeux dépassent le cadre local, avec des intérêts américains et chinois qui s'entremêlent autour de ce trésor géologique.